Le modèle de développement fondé sur l’exportation de ressources brutes qu’elles soient agricoles, halieutiques ou minérales atteint aujourd’hui ses limites. Pour les pays en développement, la transformer localement un des piliers d’une transition vers une maturité économique et sociétale.

Selon la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), la volatilité des prix des produits de base (bruts) est deux fois plus élevée que celle des produits manufacturés, isolant les nations non-transformatrices dans des cycles de chocs irréguliers qui compromettent toute planification de développement/projection sur le long terme.

Exporter une matière brute pour réimporter le produit fini revient à exporter le potentiel de développement socio-économique tout en multipliant les externalités négatives liées au transport. La transformation locale permet de réduire les émissions de « Scope 3 » (l’intégralité des émissions indirectes situées en amont et en aval de sa chaîne de valeur) des multinationales ; tout en favorisant l’Objectif de développement Durable (ODD) 12 (Consommation et production durables).

La transformation in-situ permet de capter une part substantielle des revenus. Par exemple, dans le secteur de la transformation du cacao ou de la noix de cajou, le passage d’une exportation brute à une transformation primaire peut augmenter la rétention de valeur de 25 % à 40 % de celle sur le marché international. Aussi, les industries de transformation locale créent des effets d’entraînement multiplicateurs. La transformation locale exige ainsi une main-d’œuvre qualifiée (ODD 4 & l’ODD 8).

Les données de la Banque Mondiale soulignent que pour chaque emploi créé dans l’industrie de transformation, environ 2,5 emplois indirects sont générés dans les services et la logistique régionale.

Atout pour les recettes publiques, la dépendance aux taxes à l’exportation (instables par nature), est remplacée par une assiette fiscale plus large incluant les taxes sur la valeur ajoutée locale. Ce renforcement budgétaire peut notamment financer de manière autonome d’autres objectifs (santé, éducation, infrastructures).

En 2023, les pays ayant réussi à diversifier leur base de transformation locale ont affiché une résilience budgétaire supérieure de 15 % face aux fluctuations du dollar par rapport aux pays mono-exportateurs.

Pour les investisseurs engagés dans des stratégies ESG (Environnement, Social, Gouvernance), soutenir la transformation locale est plus qu’un acte de philanthropie, c’est également une gestion des risques. Une chaîne de valeur ancrée localement est plus courte, plus traçable et moins exposée aux crises géopolitiques mondiales.

En alignant les ‘‘intérêts’’ des actionnaires avec ceux des parties prenantes (dont les communautés locales), la transformation locale devient le garant d’une prospérité partagée. Cette convergence est rendue possible à travers une démarche RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) structurée, et notamment par la Matrice de Double Matérialité.

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