La gouvernance de l’intelligence artificielle s’impose désormais comme un enjeu majeur en Afrique, au‑delà de la simple élaboration de stratégies nationales. Dans l’espace francophone, plusieurs États ont choisi de dépasser les approches isolées pour construire un cadre commun.
Le Burkina Faso, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Mali, la Guinée et le Bénin disposent désormais de lignes directrices communes destinées à promouvoir une intelligence artificielle (IA) éthique, inclusive et responsable. Portée par l’organisation de plaidoyer Niyel, cette initiative annoncée le lundi 6 juillet en marge du Dialogue mondial sur l’IA, vise à accompagner les pouvoirs publics dans la conception de politiques adaptées aux réalités africaines et à renforcer la coopération régionale en matière de gouvernance de l’IA.
« La révolution de l’intelligence artificielle s’accélère, et avec elle un choix s’impose à chaque nation : subir cette transformation ou en devenir acteur », a déclaré Aminata Zerbo/Sabane, ministre burkinabè de la Transition digitale, des Postes et des Communications électroniques. Selon elle, ces lignes directrices doivent permettre aux pays africains de bâtir un cadre fondé sur leurs valeurs, leurs langues et leurs priorités de développement.
Élaboré avec la participation de chercheurs, d’experts techniques et de responsables des administrations en charge du numérique des six pays, le document constitue un référentiel destiné à orienter les politiques et cadres de gouvernance de l’IA. Il recommande notamment le développement de systèmes transparents, respectueux des droits fondamentaux, inclusifs, sûrs et adaptés aux contextes locaux. Il met également l’accent sur la protection des données, le renforcement des compétences, l’atténuation des biais algorithmiques, ainsi que la promotion de l’innovation locale et de la souveraineté numérique.
L’initiative intervient alors que plusieurs des pays concernés ont déjà engagé la structuration de leur politique nationale en matière d’intelligence artificielle. Le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont notamment adopté leur stratégie nationale, tandis que d’autres États poursuivent l’élaboration ou le renforcement de leurs cadres de gouvernance. Les lignes directrices de Niyel ne se substituent pas à ces stratégies ; elles proposent plutôt un socle commun destiné à favoriser une convergence des approches autour de principes tels que l’éthique, l’inclusion, la transparence et la souveraineté numérique.
Cette démarche s’inscrit dans un contexte d’accélération des travaux internationaux sur la gouvernance de l’intelligence artificielle. Après l’adoption, en 2021, de la Recommandation de l’UNESCO sur l’éthique de l’IA, l’Union africaine a lancé en 2024 sa Stratégie continentale sur l’intelligence artificielle, qui encourage les États membres à élaborer des politiques alignées sur les priorités du continent. Les lignes directrices élaborées par Niyel ont d’ailleurs été soumises comme contribution écrite au premier Dialogue mondial des Nations unies sur la gouvernance de l’IA.
Au-delà des considérations éthiques, les promoteurs du document estiment que l’intelligence artificielle peut constituer un levier pour relever plusieurs défis de développement, notamment dans l’éducation, la santé, l’agriculture et les services publics. Ils alertent toutefois sur les risques liés à une adoption non maîtrisée de solutions conçues hors du continent, susceptibles d’accentuer les dépendances technologiques ou de reproduire des biais peu adaptés aux réalités africaines. Les lignes directrices ambitionnent ainsi d’offrir aux pays francophones un cadre de référence commun pour développer leurs politiques d’IA tout en renforçant la coopération régionale.
(Source : Ecofin)
