L’échec des projets d’envergure en Afrique, à l’image des centrales sud-africaines Medupi et Kusile lancées en 2007, illustre un mal profond. Initialement prévues pour résoudre la crise énergétique, ces infrastructures accusent aujourd’hui des surcoûts dépassant 240 % et des délais de livraison repoussés à près de deux décennies ; Et, ces agissements se reproduisent à l’échelle du continent. Environ 80 % des projets recensés échouent dès la phase de faisabilité.
Cette situation est d’autant plus critique que les capitaux mondiaux sont disponibles. Le problème ne réside pas dans une absence de financement, mais dans l’incapacité des projets à franchir les étapes de planification. L’écart de développement avec d’autres régions, notamment la Chine qui investit une part deux fois plus importante de son PIB dans ses infrastructures, ne cesse de s’accentuer. Par exemple, malgré son fort potentiel de développement économique et social, le barrage Inga III en République Démocratique du Congo demeure paralysé depuis des décennies par des enjeux de gouvernance et un manque de transparence.
Le paysage de l’investissement a radicalement évolué avec l’imposition des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). La méfiance croissante des bailleurs de fonds face aux incidents environnementaux ou aux violations du droit du travail a transformé la gestion des risques. En conséquence, les investissements se concentrent désormais massivement vers les secteurs de l’énergie et du numérique, où les rendements sont prévisibles et les impacts maîtrisables, au détriment des infrastructures de transport ou de distribution d’eau, souvent perçues comme trop complexes ou mal conçues.
Afin de continuer à recevoir des investissements l’Afrique doit impérativement rompre avec l’improvisation. Une infrastructure est un système intégré à son écosystème social et institutionnel. Cela exige d’intégrer les populations locales dès la conception et de produire des études d’impact rigoureuses.
Seuls les projets alignés sur les standards de durabilité et de transparence internationale trouveront désormais preneur auprès des investisseurs institutionnels.
