Alors que l’inflation fragilise les marges partout dans le monde, notamment en Afrique, les pressions économiques s’intensifient ; les ruptures technologiques s’accélèrent, les tensions sur les ressources se renforcent et le dérèglement climatique s’amplifie. En 2023–2024, ce sont d’ailleurs 22 pays africains qui ont enregistré une inflation supérieure à 10 %, réduisant drastiquement la marge de manœuvre des organisations.
L’idée semblait évidente : ‘‘intégrer les enjeux sociaux, environnementaux et éthiques au cœur des décisions’’. Pourtant, à mesure que les crises s’enchaînent et que les contraintes se durcissent, la RSE, dans sa forme actuelle, ne parvient plus à répondre aux réalités qui s’imposent aux organisations. Au fil des années, un écart s’est creusé entre l’ambition initiale et les pratiques actuelles.
Les entreprises ont multiplié les audits, les reportings, les indicateurs et les tableaux de bord. Les dispositifs se sont sophistiqués, les procédures se sont alourdies, les exigences documentaires se sont empilées. Mais cette accumulation n’a pas produit les transformations attendues. Dans ce contexte, la RSE-conformité montre ses limites. Elle mesure, elle décrit, elle commente, mais elle transforme peu.
Le choc des réalités oblige à revoir la perspective. Une entreprise ne devient pas plus résiliente en publiant un rapport extra-financier. Elle le devient lorsqu’elle repense sa création de valeur partagée, lorsqu’elle anticipe les contraintes énergétiques et matérielles, lorsqu’elle adapte son modèle économique à un monde où les certitudes ne tiennent plus.
La question n’est plus d’optimiser la RSE, mais de comprendre ce qu’elle doit devenir pour rester utile.
La transformation viendra d’une capacité à agir, à expérimenter, à ajuster, à apprendre ; Elle viendra d’une lecture lucide des risques, d’une compréhension fine des territoires et de leurs réalités socio-culturelles, d’une écoute réelle des parties prenantes et d’une volonté de bâtir des modèles capables de tenir dans un environnement instable.
La RSE est appelée à changer de nature, à muter ; à passer d’un exercice de justification à un exercice de matérialisation.
Le choc des réalités n’est pas une menace, c’est plutôt une invitation à revoir les fondations.
Les entreprises qui ne sauront s’adapter continueront à cocher des cases pendant que les lignes bougeront autour d’elles.
