Deux adolescents kenyans de 17 ans, Fredrick Njoroge Kariuki et Miron Clifford Onsarigo, ont mis au point un dispositif qui pourrait changer la donne dans la bataille contre la pollution automobile en Afrique. Leur invention, baptisée HewaSafi (“air pur” en kiswahili) est un filtre d’échappement low-cost qui réduit de manière spectaculaire les émissions nocives des véhicules diesel. Lors des premiers essais sur route à Nairobi, le prototype a montré une réduction de 93,3 % des particules fines (PM2,5), une diminution de 42 % du monoxyde de carbone et une capture de 21,4 % du dioxyde de carbone.
Fabriqué à partir de rafles de maïs, de coques de noix de coco, de pièces métalliques recyclées, de composants de batteries usagés et d’algues spiruline vivantes, le filtre HewaSafi revient à environ 16 288 KSh (125 $). À titre de comparaison, certains systèmes commerciaux existants coûtent près de 50 000 KSh (500 $), un prix prohibitif pour les propriétaires de matatus (minibus privés du transport urbain au Kenya). L’accessibilité financière est donc de rendre possible une adoption massive dans un marché dominé par des véhicules d’occasion vieillissants.
Ces véhicules, omniprésents dans les rues de Nairobi, sont aussi parmi les plus polluants ; moteurs diesel vétustes, trajets interminables dans les embouteillages, longues périodes de ralenti. Les étudiants ont installé leur prototype sur cinq matatus circulant sur le corridor de Thika Road, recueillant des données toutes les six heures en conditions réelles. Les résultats, bien que préliminaires, sont prometteurs et montrent que la technologie pourrait avoir un impact direct sur la qualité de l’air en bord de route, là où passagers, conducteurs et vendeurs ambulants sont les plus exposés.
Kariuki, ayant grandi dans une zone industrielle de Nakuru, souffre depuis l’âge de dix ans d’une maladie pulmonaire chronique nécessitant un traitement hebdomadaire. Onsarigo, originaire de l’ouest du Kenya, a quant à lui été témoin de maladies graves et de décès liés à la pollution atmosphérique. Leur vécu a permis la conception d’un dispositif adapté aux réalités économiques et sanitaires des familles kenyanes.
Leur travail a été récompensé par le Earth Prize 2026 Afrique, un concours environnemental international destiné aux jeunes de 13 à 19 ans. Ce prix leur a apporté un financement de 12 500 $, destiné à améliorer le prototype, afin de poursuivre les tests et développer une version industrialisable. Les juges ont salué la combinaison de matériaux locaux, de recyclage et de performance technique.
Malgré ces résultats, HewaSafi reste un prototype. Plusieurs questions doivent encore être résolues avant une adoption commerciale :
- Combien de temps les matériaux filtrants restent-ils efficaces avant remplacement ?
- Les composants de batteries recyclées peuvent-ils être intégrés sans risque ?
- Le système affecte-t-il la pression d’échappement ou la consommation de carburant ?
- Un dispositif installé sur des véhicules publics doit respecter des normes strictes de sécurité et d’émissions.
La capture du dioxyde de carbone, en particulier, devra être validée par des laboratoires indépendants. Maintenir des algues vivantes dans un flux de gaz chaud et rapide est un défi technique considérable.
Le Kenya investit dans la mobilité électrique, mais le renouvellement complet de la flotte prendra des années. En attendant, les véhicules diesel (notamment les matatus, bus et camions) continueront de dominer les routes. Selon le PNUE, ces véhicules lourds représentent plus de 60 % des émissions de PM2,5 et plus de 40 % des oxydes d’azote sur les routes.
