Les règles du jeu changent plus vite qu’on ne le mesure encore. L’accès à certains financements se conditionne de plus en plus à des critères environnementaux et sociaux. Les grands donneurs d’ordre exigent une traçabilité qui remonte désormais au-delà de leurs propres opérations.
Concentrer les efforts sur une poignée d’entreprises exemplaires ne suffira jamais à transformer un continent. Ce dont l’Afrique a besoin, ce ne sont pas des champions isolés de la durabilité, mais des chaînes de valeur entières capables de progresser ensemble. Une grande entreprise a beau structurer une démarche RSE ambitieuse, mesurer ses impacts et renforcer son reporting, sa crédibilité dépend in fine des acteurs avec lesquels elle travaille. Ses fournisseurs peuvent-ils documenter leurs pratiques ? Peuvent-ils répondre aux exigences de traçabilité ?
Une entreprise isolée qui souhaite faire évoluer un mode d’approvisionnement se heurte souvent à l’absence de capacité industrielle locale pour répondre à sa demande. Mais lorsque plusieurs acteurs d’un même secteur expriment un besoin identique, elle atteint un seuil capable de justifier un investissement, de faire émerger un nouveau fournisseur ou d’attirer un financeur. C’est ainsi qu’une contrainte sectorielle se transforme en opportunité économique, et qu’un marché local se structure. La question que devrait se poser toute gouvernance est la suivante : « quelles transformations dois-je contribuer à rendre possibles dans mon environnement pour atteindre mes propres objectifs? ».
Néanmoins, une entreprise doit d’abord créer de la valeur, rémunérer ses équipes, satisfaire ses clients et financer son développement. Une démarche RSE qui ne génère pas de valeur mesurable, partagée entre l’entreprise et son écosystème, reste une démarche incomplète.
Cependant, qui accompagnera les milliers de PME qui devront, elles aussi, structurer leurs pratiques sans disposer d’une direction RSE mature ? Connaître les référentiels internationaux ne suffit pas à savoir les appliquer utilement dans le contexte particulier d’une PME africaine, d’un secteur ou d’une chaîne de valeur.
Contextualiser, c’est identifier pour chaque organisation, ce qui peut être transformé aujourd’hui et ce qui demandera davantage de temps, puis placer les bonnes exigences au bon endroit pour produire un changement réel et mesurable. C’est précisément cette capacité de traduction, entre les référentiels globaux et les réalités du terrain, qui fera la différence dans les années à venir.
Accompagner plus d’entreprises ne suffira pas si l’on ne forme pas, en parallèle, davantage de professionnels capables de conduire cette transformation depuis l’intérieur.
