Pendant des années, la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) a été confiée aux services de communication. L’idée semblait logique, il fallait bien en parler. Mais la communication ne décide pas des investissements, ne pilote pas les achats, ne négocie pas avec les financeurs et n’a pas la main sur les indicateurs qui comptent. Résultat, une RSE belle sur le papier mais vide dans les chiffres, l’impact et la pérennité.
Le sujet s’est déplacé vers les ressources humaines, vers la finance, vers le marketing. Chacun a une bonne raison de s’en emparer. Le responsable administratif et financier, parce que la RSE impacte les coûts, les risques et l’accès aux financements ; Les ressources humaines, parce qu’elle conditionne l’attractivité et la fidélisation des équipes ; Le marketing, parce qu’elle devient un critère d’achat pour les clients. De nombreuses entreprises africaines exagèrent leurs performances ESG pour séduire les marchés. Entre 2023 et 2025, plusieurs cas documentés en Afrique du Sud et au Mozambique ont montré que des déclarations environnementales trompeuses entraînent des litiges, des sanctions réglementaires et des retraits d’investisseurs.
Confier la RSE à une seule fonction, même légitime, c’est reproduire l’erreur du départ. Un sujet transverse ne peut pas être piloté depuis un seul département. La finance sans les ressources humaines passe à côté de l’humain. Les ressources humaines sans la finance proposent des actions sans viabilité économique. Le marketing sans les deux autres retombe dans la communication.
La RSE qui fonctionne en Afrique est celle qui traverse les fonctions. Chiffrée par la finance, portée par les ressources humaines, valorisée par le marketing, pilotée par la direction
En 2025, 63 % des grandes entreprises en Afrique subsaharienne ont intégré des pratiques RSE, soit une hausse de 10 % par rapport à 2023. Les investissements durables sur le continent ont atteint 35 milliards USD, selon la Banque africaine de développement. Les banques africaines sont en première ligne, avec 70 % d’entre elles dotées de politiques RSE actives. Les entreprises engagées enregistrent une hausse moyenne de 18 % de leur chiffre d’affaires.
Dans un continent où les entreprises doivent composer avec des taux de change instables, des infrastructures fragiles et une pression sociale croissante.
Ceux qui continuent à traiter la RSE comme un sujet de communication se condamnent à l’inefficacité.
